La question de la consommation locale en est une qui préoccupe nombre de citoyens ainsi que de gouvernements. En effet, pour quelle raison une nation ne devrait-elle pas être relativement autocratique? Pourquoi dépenser des sommes colossales afin d'importer des produits et services sur une base annuelle alors que l'on pourrait contribuer à générer de l'activité économique sur le plan domestique?  Dans le contexte haïtien, cette question prend d'autant plus de sens puisqu'elle est reliée au problème épineux de notre devise toujours plus faible face aux monnaies étrangères: le coût desdites importations est devenu faramineux au travers du temps.

Il convient d'établir qu'Haïti ne pourra vraisemblablement atteindre des niveaux d'auto-suffisance observées ailleurs dû aux limites de sa structure industrielle ainsi que de la nature de son secteur agricole. Cependant, existe-il des mesures de promotion de la consommation locale pouvant être mises en place via une concertation entre le gouvernement et divers acteurs locaux?

Primo, d'aucun voudrait que le pays ne devienne sur-protectionniste. Il s'agit ici d'éviter que le gouvernement ne force d'une manière exagérée la consommation domestique en imposant des tarifs exorbitants à l'importation sur un panier très large de produits et services. Cela peut devenir rapidement un jeu de à somme nulle dans un contexte où les pays étant nos partenaires commerciaux procèderaient aux mêmes mesures et l'avantage disparaîtrait pour tous ceux engagés. Ceci étant dit, le jeu d'instaurer certains tarifs quant aux produits et services étrangers pour lesquels Haïti possède un avantage concurrentiel, en particulier tout ce qui a trait à l'agriculture, peut en valoir le coup. Du poulet au riz en passant par une multitude de légumes ainsi que le café, Haïti se doit de consommer localement d'une manière primordiale. Ce faisant, non seulement le niveau supplémentaire d'activité serait vecteur de richesse économique à la grandeur du pays, mais le pays pourra aussi bénéficier d'un accroissement de l'expertise technique reliée à ces différents types de cultures. À terme, un niveau élevé d'expertise permet de bâtir une réputation qui crée un effet boule-de-neige et, par le fait même, le pays exporterait davantage de ces mêmes produits. L'équilibre à rechercher vers un niveau juste de tarifs ne serait cependant pas aisé à calibrer. En effet, une calibration quelque peu erronée et le pays se retrouverait sous la mire de l'Organisation mondiale du commerce puisque les partenaires commerciaux d'Haïti pourraient déposer des plaintes auprès de cet organisme supranational. L'établissement de tarifs additionnels est d'autant plus risqué alors que la conjoncture économique mondiale fait présentement face à une baisse de régime marquée.

 

Secundo, l'établissement de tarifs seuls ne pourrait mener à une forte progression du taux de consommation de produits domestiques. Le gouvernement devrait très certainement, en partenariat avec diverses entreprises locales,  mettre en œuvre un programme visant à subventionner en partie les biens de consommation domestiques afin de les rendre plus concurrentiels et attrayants pour les Haïtiens. L'Autriche a créé un concept de "Régions de délice" mettant l'emphase sur les spécificités agroalimentaires régionales et une campagne publicitaire coordonnée à l'échelle du pays en ce sens. Producteurs agricoles locaux, commerçants de gros inter-régionaux, gouvernements locaux; tous se sont donnés la main au sein de cet exercice de promotion. Même le tourisme s'en est trouvé plus vibrant par la suite. À terme, un système de certification pour les producteurs locaux pourrait faire son chemin afin d'assurer que les récoltes et la transformation associée de ces produits, s'il y a lieu, soit effectuée localement et que les denrées ne soient pas transportées sur plus de 250 km, par exemple. Pour éviter que le marché domestique ne soit envahi totalement que par des multinationales, les entreprises domestiques devront compter sur l'appui du gouvernement afin de moderniser les infrastructures de transports essentielles quant à la logistique requise. De plus, des améliorations soutenues quant aux techniques d'emballage et de conservation climatisée des produits devront être implantées.

 

Il sera aussi primordial d'instaurer les différentes campagnes de promotion de consommation locale via un véhicule approprié. Considérant le taux de pénétration important de l'utilisation des cellulaires, les campagnes au moyen de plateformes digitales deviendront le vecteur de choix au cours des prochaines années. Le secteur des services ne devra être en reste mais il demeure nettement moins à risque car un effort moindre de la part des multinationales, par exemple, existe à ce niveau.


Au sommaire, les tarifs à l'importation, bien qu'ils puissent représenter une partie de la solution du casse-tête de la consommation locale, ne devraient pas constituer la plus importante portion des mesures à mettre en place. Il s'agit plutôt d'implanter un ensemble de mesures en concertation avec les différents acteurs du milieu (producteurs, commerçants et gouvernement) afin d'améliorer la logistique (et ce faisant, réduire les coûts) de même que le marketing relié aux produits domestiques.

Par Jean David Tremblay Frenette