Hans Garoute est une figure incontournable du secteur artisanal haïtien. Nous avons eu la chance d’avoir un entretien avec lui, afin de discuter des défis et des obstacles auxquels est confronté ce secteur.

Lorsqu’on parle de la culture haïtienne, on pense instinctivement à l’artisanat haïtien. Plusieurs artisans créent annuellement des œuvres originales qui démontrent l’essence  et la richesse de nos créateurs locaux.  Toutefois, les professionnels de l’artisanat font face à de nombreux défis. D’après le fondateur de l’Institut National pour le Développement  et   la   Promotion   de  la   Couture  (INDEPCO), Hans Garoute, l’un des premiers est le manque de formation. M. Garoute reconnaît qu’il y a des écoles professionnelles avec un curriculum se rapprochant du standard caribéen ; toutefois, il y a encore du chemin à faire. « La Chambre des Métiers et de l’Artisanat Haïtien (CMAH), dont l’une des missions est la valorisation des métiers du secteur, assure d’établir des partenariats avec des institutions de formation dans la région afin d’assurer une standardisation du cursus scolaire  des écoles professionnelles en Haïti, afin qu’elles répondent aux exigences du marché international », nous informe l’artisan.

Hormis l’épineuse  question de la formation, il y a aussi l’acquisition des matières premières. « Elles sont importées et plusieurs artisans n’ont pas les moyens d’acquérir les quantités définies sur le marché, révèle Hans Garoute. Les importateurs locaux n’achètent pas non plus certains matériels utilisés dans la finition des produits artisanaux, ce qui nous empêche parfois d’intégrer le marché international. D’où la nécessité pour   les   artisans   de   s’unir   à   travers des   structures   comme   l’INDEPCO   pour   pouvoir   répondre   aux exigences financières de la création. » L’importation des matières premières explique aussi pourquoi le coût de certaines œuvres artisanales semble parfois trop élevé pour les consommateurs locaux. Toutefois, M. Garoute se  montre  rassurant,   son  expérience dans  le domaine  lui permet de confirmer que la consommation locale a bien lieu à un certain niveau. « Les touristes comptent pour une large part de notre clientèle. Toutefois, l’État haïtien, qui devrait être notre plus grand client, préfère trop souvent se tourner vers l’étranger », se désole-t-il. Ce qui occasionne une fuite de capitaux et un manque à gagner pour nos artisans. Alors que l’Etat haïtien aurait tout à gagner à donner l’exemple en matière de consommation locale : stimulation de l’économie, soutien à la production nationale, appui à des PME, création d’emplois, etc.

Le président du Conseil d’administration de la CMAH pense par ailleurs que le développement économique d’Haïti doit passer par l’industrie, et pour cela, il  faut  commencer à sortir l’artisanat de l’assistanat. « L’artisan n’est pas seulement cet homme au bout de la rue qui crée des figurines avec du bois ou du fer, l’artisanat regroupe un large éventail d’activités et de métiers qui vont de la restauration au bâtiment en passant par les services », définit le professionnel. A la question de savoir comment il envisage l’avenir de l’artisanat haïtien, M. Garoute a préféré garder le silence. Sachant qu’il continue à œuvrer pour la valorisation des métiers de l’artisanat et à plaider pour que  l’État   donne   au   secteur les   moyens   de   jouer   pleinement   son   rôle   dans   le   développement économique du pays, nous souhaitons voir arriver ce jour.

Par Johanne Elima