Steeve Bazile

Avant son indépendance en 1804, la république d'Haïti était l'une des colonies les plus riches de la France, grâce à sa production locale exclusivement agricole. Si elle a été nommée la Perle des Antilles, c’est parce que l’exploitation de sa production locale pesait lourd dans l’économie française.  Des années après son indépendance, le pays demeura toujours un pays à vocation agricole. Malgré des années d’instabilité quasi constante, Haïti a su protéger sa production sur une longue période. Mais aujourd’hui, la situation est nettement différente.

Haïti a été pendant l’époque coloniale le plus important exportateur de café de la Caraïbe. Entre 1885 et 1888, la première république noire a exporté plus de 42 000 tonnes de café.  La culture intensive de la canne à sucre avait permis d’exporter plus de quatre de ses dérivés : le sucre, le clairin, le rapadou, le sirop de consommation et le rhum. Avant 1975, 85 000 hectares de terre étaient consacrées à la canne à sucre. Cette situation a changé dans les années 90, où les usines de sucre étaient quasiment inexistantes.

 

Déclin de la production

Dans les années 50, la production en Haïti était considérable. Le pays exportait le sisal, le café, la figue-banane, le cacao, le coton, le sucre. La production alimentaire suffisait pour nourrir les 4 millions d’habitants.

A partir de 1986, nous enregistrons une baisse  considérable de la culture de la canne jusqu'à ce qu’elle soit pratiquement abandonnée au profit de la culture vivrière. La libéralisation du commerce international, l’incapacité de concurrencer avec le sucre offert sur le marché international et des méthodes inappropriées de production réduiront la culture de la canne à son plus faible niveau.

En 2014, seulement 2 000 tonnes de café ont été exportées. Ce qui était prévisible, car il y a présentement une baisse considérable de  la production dans le monde. Toutefois, depuis 2016, Haïti a commencé à exporter du café vert. La commande s’élèverait à près de 3.5 millions de dollars.

Les perspectives d’avenir

Si la production nationale n’a pas cessé de baisser et que l’agriculture a été placée au second rang, quelques entreprises agricoles ont gardé le flambeau. Aujourd’hui, la mangue, la banane et le vétiver sont les étoiles montantes de la production nationale. En 2015, plus de 8 000 régimes de bananes ont été exportés vers l’Europe.

Le vétiver a aussi fait beaucoup de chemin. Selon le ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI), le vétiver rapporte près de 15,7 millions de dollars par an. Avec une  exportation annuelle de plus de 80 tonnes, Haïti est devenu en 2015 le premier exportateur mondial de vétiver. La production de vétiver représente 28 % de la demande mondiale. Selon l’agronome Pierre Léger, près de 27 000 familles paysannes dans le sud du pays vivent à partir de la culture du vétiver. Cette production est supportée par la compagnie Agri-Supply CO. SA Frager.

Par ailleurs, une autre entreprise continue aussi à investir dans la production locale. La Caribbean Food Manufacturing S.A est une entreprise alimentaire qui a été fondée en 2012 par des hommes d’affaires haïtiens. L’entreprise produit des aliments dérivés du maïs. Une partie de sa production est consommée en Haïti et le reste est exporté vers la Jamaïque, le Belize, le Panama et les USA. La Caribbean Food Manufacturing n’utilise pas encore le maïs produit sur l’île. Toutefois, l’entreprise produit par jour plus de 14 tonnes de céréales.  Cette production locale a permis de créer plusieurs emplois.

En 2014, le ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement rurale a mené une enquête nationale sur la production agricole. Cette étude a révélé certains chiffres :

Production de céréales pour 2014 (en tonnes métriques)

Culture Production (en TM)
Maïs 136 405,58
Riz 155 031,787
Sorgho 44 151,31

 

Production légumineuse

Culture Production (en TM)
Haricot   83 754,92
Pois congo 54 184,07
Pois de souche 15 607,41
Pois inconnu 7 730,99

 

Production vivrière (2014)

Culture Production (en TM)
Banane   83 754,92
Patate   54 184,07
Igname 15 607,41

 

Production de fruits (2014)

Espèces Production (en TM)
Mangue francisque    155 755,82
Autres mangues 992 046,59
Avocat 457 382,83
Arbre véritable 458 582,65
Orange 81 325,22
Noix de coco 97 458,05
Citron 15 505,15

 

Evolution du Cheptel, de janvier à décembre (2014)

Espèces 1er janvier 30 juin 31 décembre
Boeuf 1 219 042   1 223 959 1 130 926
Porc 1 008 089 1 186 822 1 127 083
Mouton 350 778 372 701   438 156
Cabri local 2 150 969   2 438 129 2 684 872
Cabri amélioré 32 492 41 723 45 545


Evolution de Volaille Traditionnelle entre le 1er janvier et le 31 décembre 2014 (En nombre de têtes)

Espèces 1er janvier 30 juin 31 décembre
Poule 7 725 340 9 682 039 10 212 829
Dinde 154 802 296 229 328 859
Pintade 146 125 198 630   335 333
Canard 130 544 181 477 200 719
Pigeon 363 427 469 715 328 493

 

Quantité d’œufs pondus et vendus

  1er Janvier - 30 juin 1er juillet - 31 décembre
Espèces Oeufs pondus Oeufs vendus Oeufs Pondus Oeufs Vendus
Poule 28 667 048 3 245 399 26 313 261 2 556 337
Pintade 542 585 91 755 656 051 81 472
Dinde 985 467 64 224 678 997 34 824

 

Cette étude démontre la situation précaire du pays au niveau de la production locale.  Avec l’augmentation de la population et l’insécurité alimentaire qui est à son plus haut niveau, le besoin ou la nécessité de prioriser la production locale devient de plus en plus fondamentale. Même si la production semble renaître de ses cendres, il y a encore beaucoup à faire. La mise en place de politique favorisant  la production locale, l’augmentation des investissements au niveau des infrastructures et un meilleur soutien pour les producteurs locaux, l’installation de nouveaux équipements technologiques et la restriction d’arrivée de produits alimentaires aux frontières sont des éléments qui pourraient donner un autre souffle à cette industrie. Avec des terres aussi fertiles, Haïti peut et doit devenir le grenier alimentaire de sa population !

Par Steeve Bazile